La Contre-Réforme catholique au XXe siècle
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L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE AU QUÉBEC
ET LA RÉVOLUTION TRANQUILLE

… en toute vérité

Religieux enseignants du QuébecLA réforme scolaire, avec notamment la création d’un ministère de l’Éducation nationale en 1964, fut un des aspects les plus importants de la Révolution tranquille. Elle ne se fit pas sans résistance, aussi le zélé ministre réformateur Gérin-Lajoie dut-il entreprendre une tournée d’information qui fut fort mouvementée dans toute la province  : les réticences étaient nombreuses chez les parents d’élèves comme chez une grande partie du clergé. Certes, le ralliement de l’épiscopat à la réforme facilita sa mise en application, mais il y fallut aussi une campagne médiatique de grande ampleur pour persuader les Canadiens français que leur système scolaire relevait du Moyen-Âge, qu’il était temps de sortir de la grande noirceur, et donc qu’il était urgent de rompre avec le passé pour se moderniser afin de devenir enfin maîtres chez nous   !

Quarante ans après, ces slogans résonnent étrangement faux. Notre système scolaire est délabré et le niveau scolaire général de la population ne cesse de baisser. Pourtant, rien ne vient entamer les principes posés en 1960. Le mécontentement de la population, celui des professeurs, les promesses électorales elles-mêmes, ne peuvent ébranler la forteresse du ministère de l’Éducation du Québec  ! La question est donc idéologique, et non pas pédagogique, et c’est cela qui est grave.

Dès lors, il nous paraît important de se pencher sur le système éducatif d’avant 1960  : était-il vraiment si moyenâgeux  ? Était-il incapable de se moderniser tout en restant fidèle aux principes qui l’inspiraient  ? Le ralliement des évêques à la réforme explique-t-il à lui seul sa capitulation devant les diktats de l’équipe du tonnerre  ? C’est à ces questions que nous allons répondre par une suite d’études menées avec l’acquis des analyses de notre Père, l’abbé de Nantes. Sa connaissance de l’histoire contemporaine de l’Église et de ses mouvements de pensée nous permet de comprendre ce qui s’est passé ici entre 1930 et 1960, et d’établir les véritables responsables d’un désastre dont des générations d’enfants ont supporté, supportent et supporteront les conséquences, tout au moins aussi longtemps qu’une contre-révolution n’aura pas rétabli une éducation authentiquement chrétienne, c’est-à-dire catholique.

Pour simplifier sans pour autant dénaturer la question, nous allons nous appliquer à l’œuvre des congrégations enseignantes masculines. En effet, appelées à l’origine pour s’occuper de l’éducation primaire, elles ont développé par la suite un enseignement spécialisé multidisciplinaire, secondaire, voire universitaire. Les frères, comme on disait couramment, étaient donc indubitablement l’élément progressiste – dans le bon sens du terme – du système éducatif catholique, alors que le clergé séculier était l’élément conservateur puisqu’il avait surtout la charge des collèges classiques, souvent appelés séminaires, où il dispensait un enseignement de qualité qui ouvrait les portes de l’université et des grands séminaires. Une fois précisée cette importante distinction au sein de l’enseignement catholique, il convient de commencer notre étude en examinant l’œuvre des congrégations enseignantes avant 1930, et d’abord, ce mois-ci, les Frères des Écoles chrétiennes parce qu’ils sont l’archétype des religieux enseignants et qu’ils furent les premiers à s’implanter au pays.

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