La Contre-Réforme catholique au XXe siècle
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LE RÉGIME ANGLAIS

Les colonies britanniques d’Amérique du Nord
(1840-1867)

Amérique du Nord britannique

Carte de
l’“ Amérique du Nord britannique ”
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POUR l’historien bénéficiant du recul du temps, l’étude de la période 1840-1860, au cours de laquelle le Haut et le Bas-Canada sont unis en une seule colonie, n’a d’intérêt que relatif à l’établissement de la Confédération. Les institutions, de monarchiques qu’elles étaient, évoluent vers le parlementarisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, prélude nécessaire à la libre association des colonies britanniques d’Amérique du Nord sous la forme d’une fédération qui ne veut pas s’avouer.

Nous avons déjà étudié les deux événements majeurs de cette double décennie  : en 1840 la renaissance catholique de Montréal puis de tout le Bas-Canada sous l’impulsion de Mgr Bourget, et l’instauration du gouvernement responsable par le gouverneur Elgin en 1850. Nous n’y reviendrons que par allusion, mais avant de nous intéresser aux circonstances de la fondation de ce qu’on appela la Confédération des colonies de l’Amérique du Nord britannique (ANB), il importe de brosser un tableau de leur développement et de leur activité dans la première moitié du XIXe siècle.

UN PAYS D’IMMIGRANTS

Un fait général, tout d’abord  : l’immigration est un des facteurs qui ont le plus transformé les colonies britanniques au siècle dernier. Elle commence à grande échelle à partir de 1815, lors de la crise consécutive à la démobilisation après la victoire de la coalition européenne contre Napoléon, et elle s’accroît dans les années 1840 par suite des grandes famines qui désolent l’Irlande.

De 1820 à 1850, 850 000 Britanniques, surtout Irlandais et Écossais, s’installent dans les colonies de l’ANB, faisant passer leur population totale à 2,5 millions. Ils ne sont généralement pas très riches, mais pas miséreux non plus car le Vessel Act exige que les candidats à l’émigration possèdent un minimum de moyens financiers. Il n’empêche que leurs conditions de transport dans les cales des navires marchands sont déplorables beaucoup y contractent des maladies contagieuses. Le cas le plus tragique est celui de l’épidémie de typhus de 1847. Cette année-là, un nombre record d’immigrants s’embarquent pour le Canada  : 90 000 personnes, dont 75 000 Irlandais. 17 000 vont succomber à l’épidémie, sans compter les milliers de Canadiens victimes de leur dévouement ou de la contagion, surtout à Québec et à Montréal.

Épidémie de 1847

Religieuses canadiennes-françaises soignant des immigrants irlandais
atteints du typhus lors de l’épidémie de 1847.

La répartition de l’immigration dans les différentes colonies est fort inégale. Le Bas-Canada n’accueille que 20 000 Britanniques durant toute notre période, les colonies de l’Atlantique (que nous appellerons les Maritimes) ne sont pas non plus une destination privilégiée, l’immense majorité s’établit au Haut-Canada. Par contre, là où il y a immigration, il y a aussi un regroupement de populations par origines ethniques selon un phénomène bien connu, ce qui va marquer profondément la physionomie sociale de certaines régions canadiennes. Parcourons rapidement le pays d’un océan à l’autre.

LES MARITIMES

Colonies très isolées entre elles et d’avec le Canada-Uni pour des raisons géographiques et à cause de leurs intérêts divergents, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve ont une population rurale à 90% qui pratique une agriculture de subsistance. Seule l’Île-du-Prince-Édouard exporte une partie de sa production agricole, et le Nouveau-Brunswick du bois de construction.

Néanmoins, le principal atout de ces colonies est d’être la porte de l’Amérique du Nord britannique pour l’Europe, les États-Unis et les Antilles anglaises. Il n’est pas étonnant que les principales villes des Maritimes soient Saint-Jean (22 000 habitants) au Nouveau-Brunswick, et Halifax (20 000 hab.) en Nouvelle-Écosse, deux ports actifs dans l’exportation des produits de la pêche et de la forêt. Quelques familles anglophones y prospèrent, citons en particulier celle de Samuel Cunard dont la prestigieuse compagnie inaugure en 1840 le premier service régulier transatlantique de bateaux à vapeur. Les constructions navales en bois seront une des rares industries répandues tout au long des côtes de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick jusqu’à la généralisation des coques d’acier. En ce domaine comme dans bien d’autres le développement d’une industrie moderne est d’ailleurs le défi, comme on dirait aujourd’hui, que les Maritimes doivent affronter à partir des années 1850-1860  : les petites collectivités isolées des Maritimes sont mal préparées et mal adaptées au développement industriel. C’est une des causes essentielles du projet d’union entre les Maritimes, agité périodiquement par les hommes politiques  ; il permettrait de regrouper les ressources afin de résister à la compétition industrielle.

L’autre activité importante des Maritimes est évidemment la pêche, surtout on Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve où le total des prises de pêche est supérieur à celui de l’ensemble des autres colonies de l’ANB. Cependant cette activité est peu rentable, sauf pour les propriétaires des magasins généraux qui imposent toutes leurs conditions aux pêcheurs qui sont leurs débiteurs.

Au nord du Nouveau-Brunswick et dans l’ouest de la Nouvelle-Écosse, des Acadiens se sont installés. Ce sont les descendants des déportés des années 1755 à 1764, à qui il était interdit de revenir sur leurs terres d’origine concédées entre-temps aux colons de Nouvelle-Angleterre. Ils ont donc entrepris de défricher de nouvelles terres dans l’arrière-pays. On estime leur population à 11 000 en 1820 et à 87 000 en 1871. Nous vous avons déjà raconté leur histoire au 19e siècle  : rappelons simplement que, sans écoles jusqu’à la fondation du collège de Memramcook vers 1860, sans bourgeoisie, sans élite propre et sans évêque francophone, ces Acadiens vivent très à part de la vie officielle, même lorsqu’ils sont majoritaires, comme c’est le cas dans certains comtés du nord du Nouveau-Brunswick.

En réalité, c’est l’immigration irlandaise et écossaise qui a permis une augmentation notable du nombre de catholiques dans les Maritimes où ils ont été longtemps très minoritaires. Dépendants tout d’abord du diocèse de Québec, ils reçoivent en 1817 un vicaire apostolique  : Mgr Burke qui siège à Halifax. Lui-même obtient, en 1820, que Mgr McEachem devienne son coadjuteur pour l’Île-du-Prince-Édouard dont la capitale, Charlottetown, devient un siège épiscopal en 1829. En 1842, c’est l’érection du diocèse de Saint-Jean, deux ans avant celui d’Antigonish.

Si l’influence des catholiques reste négligeable au Nouveau-Brunswick, il n’en est pas de même dans la colonie voisine de Nouvelle-Écosse où plusieurs gouverneurs tels que Dahlousie et Kempt leur sont ouvertement favorables. Certains députés comme J. Uniack et Th. C. Haliburton, bien qu’Anglicans, se font les champions de leur émancipation au nom de la justice. Aussi, pour occuper une fonction publique, à commencer par celle de député, les catholiques de Nouvelle-Écosse obtiennent-ils, dès 1824, la levée de l’obligation du serment du Test dirigé contre la papauté et la Sainte Eucharistie, soit six ans avant leurs coreligionnaires de Grande-Bretagne. Ceux de Terre-Neuve, quoique majoritaires dans la colonie depuis 1816, n’obtiendront la même faveur qu’en 1832.

L’OUEST CANADIEN

Sautons par-dessus le Canada-uni, c’est-à-dire les futures provinces de Québec et d’Ontario, pour atteindre la région des Prairies sillonnée de nombreuses rivières et de lacs. Elle s’étend de l’ouest du Lac Supérieur jusqu’aux Montagnes Rocheuses. Toute cette immense région, la Terre de Rupert, appartient à la Compagnie de la Baie d’Hudson qui, pour s’assurer du monopole de la traite des fourrures, a fusionné en 1821 avec sa rivale, la compagnie du Nord-Ouest. Surexploités, les terrains de chasse s’éloignent toujours davantage vers l’Ouest.

Fait notable, le français est toujours parlé dans ces régions. On le doit à la compagnie du Nord-Ouest que de puissants Écossais de Montréal commanditaient  : elle employait de nombreux Canadiens français qui devaient parler le français avec les Indiens pour bénéficier des sympathies que la France avait toujours su entretenir avec eux.

Dans les prairies et les bois vivent environ 50 000 autochtones très disséminés dans les régions boisées, faute de moyens de subsistance suffisants. Ils sont périodiquement victimes de maladies contagieuses, inoffensives pour les Européens. En 1818 et en 1838, par exemple, une épidémie de variole décime chaque fois le tiers de la population. À la même époque aussi, le gros gibier disparaît, forçant les Indiens à se rabattre sur le petit gibier et à recourir à l’assistance des Blancs pour ne pas mourir de faim.

Autour des forts et le long des voies fluviales de pénétration vers l’ouest, vivent les Métis. Vers 1850, ils sont environ 10 000. Les Métis canadiens (ou francophones) sont un peu plus nombreux que les Métis anglophones. Ils sont en majorité catholiques, surtout après que le premier grand chef de la nation métisse, Cuthbert Grant, s’est converti du presbytérianisme en 1828. C’est une population semi-nomade qui partage son temps entre la culture de petits lopins de terre et la chasse aux bisons dans les grandes plaines. Jusqu’à ce que les troupeaux se raréfient en 1870, condamnant ces populations à la famine, les chasses qui réunissaient en un seul convoi plus de mille charrettes à la recherche des troupeaux, étaient un événement annuel.

La principale concentration de population d’origine européenne à l’ouest des Grands-Lacs se trouve alors le long de la Rivière-Rouge. Sur des terres fertiles encore inexploitées, un riche écossais, lord Selkirk, y a fondé en 1812 une colonie agricole pour ses compatriotes pauvres. La Compagnie de la Baie d’Hudson a favorisé cette entreprise qui lui procurait des alliés dans sa lutte contre sa rivale francophone et une source d’approvisionnement rapprochée pour ses forts. Malgré des inondations catastrophiques et la rudesse du climat, l’établissement se développe, mais c’est grâce à l’installation de Canadiens français, anciens employés de la Compagnie, qui supplantent bientôt les Écossais  ; si bien que vers 1850, les 5 000 habitants sont en majorité catholiques et francophones. En 1870, ils seront 12 000, la plupart (80 %) de sang mêlé.

Le catholicisme s’est développé dans l’Ouest dans des conditions héroïques. En 1818, Lord Selkirk a fait venir, en même temps qu’un pasteur protestant, un prêtre catholique  : l’abbé Provencher. On lui doit la fondation de la mission de St-Boniface près de laquelle se développe bientôt la bourgade de Winnipeg. Consacré à titre d’évêque-auxiliaire de Québec, en 1822, Mgr Provencher se dévoue pendant 31 ans d’un apostolat harassant auprès des colons, des Métis et des Indiens. Son vicariat apostolique s’étend des Grands-Lacs aux Montagnes Rocheuses et jusqu’à l’océan glacial arctique. Seuls les secours envoyés du diocèse de Montréal par son ami Mgr Bourget lui permettent de tenir alors qu’il ne dispose jamais plus que de quatre prêtres en même temps pour l’aider dans son immense terre de mission. Ce n’est qu’en 1845 que la relève est enfin assurée lorsqu’il obtient de Mgr de Mazenod, toujours par l’entremise de Mgr Bourget, l’envoi d’un premier contingent d’Oblats de Marie-Immaculée  : les Pères Aubert et Taché.

Ce dernier, sacré évêque à 28 ans en 1850, lui succède  : il assumera jusqu’à sa mort en 1894 la lourde charge de mener la conquête catholique de l’Ouest et du Grand Nord canadien, une des plus belles pages de l’histoire des missions, véritable course de vitesse contre les protestants. Autour des missions, on organise des écoles, des dispensaires et des hôpitaux où les Soeurs Grises et les Soeurs de la Providence se dépensent dans des conditions héroïques. Quinze ans après leur arrivée dans l’ouest, les Oblats dépassent le cercle arctique et baptisent leurs premiers Esquimaux  ; mais il leur faudra encore attendre plus de cinquante ans pour cueillir auprès de ces Inuit d’autres fruits que ceux du martyre.

On ne s’étonnera pas que cette société en majorité catholique et francophone excite vite la haine des protestants et des francs-maçons qui n’ont pas tardé à implanter des loges dans ces contrées  ; citons entre autres le fameux docteur Schultz qui orchestrera la lutte contre les Métis franco-catholiques, deviendra sénateur puis lieutenant-gouverneur, tout en amassant une immense richesse.

LA COLOMBIE BRITANNIQUE

Les territoires à l’ouest des Rocheuses et l’île de Vancouver sont, en cette première moitié du XIXe siècle, peu peuplés et très isolés. Ils comptent environ 10 000 habitants d’origine européenne et 30 000 Indiens. La Compagnie de la Baie d’Hudson règne aussi là-bas, au moins théoriquement. Les frontières de la colonie sont assez vagues, surtout au sud où le territoire de l’Orégon qui rejoint la Californie mexicaine sur le 42e parallèle, est laissé au peuplement conjoint des Britanniques et des Américains par un traité de 1818. En 1849, les Américains plus nombreux revendiquent le territoire qu’ils obtiennent par le traité de l’Oregon. Désormais, la frontière du 49è parallèle est prolongée du sud du Manitoba jusqu’à la côte du Pacifique. Seule l’île de Vancouver dépasse encore vers le sud. Victoria, sa capitale, devient le bastion de la Compagnie qui y replie ses effectifs. Mais plus au nord, à partir de 1858, la découverte d’or dans le bassin du fleuve Fraser donne une importance accrue à ces territoires  : 30 000 personnes de toutes origines participent à une première ruée vers l’or.

Le grand obstacle au développement de la Colombie britannique est évidemment la difficulté des communications avec l’Est du continent. Les Rocheuses sont infranchissables jusqu’en 1850. Pour se rendre à Vancouver depuis Montréal, il faut passer par… le cap Horn. Quand le chemin de fer américain est construit, le détour se limite à San Francisco, immense progrès, en attendant une voie de chemin de fer à travers les Rocheuses… encore impensable en 1850  !

Les catholiques de cette région reçoivent, en 1838, deux missionnaires, les abbés Blanchet et Demers, qui exercent leur apostolat auprès des Canadiens établis dans les postes de traite et auprès des Indiens. Vite débordés par l’ampleur de la tâche, ils font appel à Mgr Bourget qui leur obtient l’envoi, dès 1848, de cinq Oblats alors que la jeune congrégation missionnaire ne compte pas plus de quarante membres au total. Leur réussite tient du miracle. Le Père d’Herbomez et ses compagnons prêchèrent d’abord en vain pendant six mois à une population autochtone corrompue par l’alcool et à la lie la plus malsaine des chercheurs d’or  ; puis ce fut soudainement la conversion. En quelque temps, 12 000 Indiens convertis firent l’admiration de tous les témoins par leur ferveur et leur transformation morale. Les Oblats reçurent alors l’appui officiel du gouverneur, Sir James Douglas, ce qui mit fin aux tracasseries de ceux qui profitaient de la corruption.

L’impression générale qui se dégage de ce rapide survol, est celle d’un immense pays où toutes les contrées sont connues, mais où tout reste à faire. Cependant, aucune des colonies que nous venons d’étudier rapidement n’a les moyens humains, politiques, financiers et économiques d’assurer ce développement. Seul le Canada-Uni pourra jouer un rôle déterminant dans la fédération de ces colonies et leur développement. Nous verrons sous quelles influences internes et externes il fut conduit à le faire. Remarquons aussi l’importance des catholiques et des francophones après environ un siècle de domination anglaise d’un océan à l’autre. La destinée du continent n’est pas encore jouée.

LE CANADA-UNI

Terminons notre présentation générale des colonies de l’ANB à la veille de la Confédération, par la plus importante d’entre elles, le Canada qui vit sous le régime de l’Union législative depuis le rapport Durham. En fait, le Bas-Canada et le Haut-Canada restent très distincts, nous les aborderons donc séparément.

LE BAS-CANADA

Le Bas-Canada, la future province de Québec, abrite la presque totalité des Canadiens français. En 1840, sa population atteint 650 000 habitants (dont 150 000 Britanniques) alors que le futur Ontario n’en a encore que 450 000, mais dix ans plus tard les deux populations seront à égalité grâce à une importante immigration organisée, avant que le rapport s’inverse en faveur de l’Ontario dans la décennie soixante.

La population du Bas-Canada, en grande majorité rurale (80%), est répartie surtout dans les seigneuries qui bordent le Saint-Laurent, bientôt insuffisantes pour faire vivre une population en continuelle expansion. Les immigrants anglophones s’installent dans les villes ou encore dans les Cantons de l’Est qu’une société britannique de colonisation et d’industrie développe sous la direction locale du dynamique et bientôt célèbre Alexander Galt. Pour pallier au manque d’espace, le clergé suscite des sociétés de colonisation et ouvre à l’agriculture de nouvelles régions comme la Mauricie, les Bois-Francs, le Saguenay. L’émigration, au profit des manufactures des États-Unis avec tout ce qu’elle comporte de dangers pour la foi et la morale, en sera diminuée sinon arrêtée. Un taux de fécondité élevé permet au Bas-Canada de compenser largement les exils volontaires de ses enfants  : entre 1750 et 1875, la population double tous les trente ans.

On dit souvent que l’agriculture du Bas-Canada s’est détériorée au cours du XIXe siècle. Il est certes indéniable que la routine des méthodes et l’absence de science agronomique expliquent la baisse des revenus des exploitations. Toutefois, la baisse des exportations est relative à l’expansion du marché intérieur résultant de l’accroissement de la demande urbaine qui absorbe les surplus d’une production surtout encore essentiellement autarcique. L’agriculture bas-canadienne reste diversifiée, alliant l’élevage, le foin, les légumes et les céréales, même si la concurrence du blé de l’Ouest et des fléaux naturels plusieurs années consécutives font pratiquement disparaître de nos contrées la culture de la reine des céréales.

Les nécessités économiques obligent la plupart des habitants à se faire bûcherons pendant l’hiver, soit sur leurs terres, soit dans les chantiers. La production consiste surtout en billots équarris qui arrivent par flottage, menés par des draveurs en cajeux, immenses radeaux sur lesquels on hisse une voile pour descendre le cours des rivières et du fleuve. Les chantiers forestiers de la vallée de l’Outaouais emploient près de 15 000 hommes chaque année. Et il s’en trouve aussi au long d’autres rivières comme le Saint-Maurice ou dans la région du Saguenay, royaume du fameux marchand de bois William Price. Rappelons que la production forestière qui est le principal produit d’exportation de l’ensemble de l’ANB (40% du total), profite jusqu’en 1842 des avantages douaniers accordés par l’Angleterre à ses colonies  ; à cette date, les bois de l’ANB représentent 75% du marché britannique. Mais le triomphe du libéralisme économique va porter un grand coup à la solidité du lien impérial, et en particulier au marché canadien victime de la concurrence européenne.

George-Étienne Cartier

George-Étienne Cartier

Si Québec (42 000 habitants) reste au début des années 1850 le plus gros port d’exportation de l’ANB vers l’Europe et les États-Unis, et le siège d’une notable industrie de constructions navales, c’est Montréal, plaque tournante vers le Haut-Canada et les États-Unis, qui est devenue la principale ville du Bas-Canada et le premier centre d’importation des produits européens. En 1851, la ville à majorité anglophone compte 57 700 habitants. C’est aussi la capitale financière du pays grâce à la réussite de compagnies comme Allan (transport maritime) ou Molson (bière).

L’on trouve très peu de Canadiens français dans le monde des affaires après 1850, quand débute le développement industriel au Canada. George-Étienne Cartier en est la plus notable exception. L’argent et les entreprises sont presque exclusivement entre les mains de Britanniques.

Les Canadiens français forment cependant une population très distincte en Amérique du Nord par sa langue certes, mais aussi par son esprit communautaire et son alacrité, caractéristiques d’une société foncièrement attachée à la foi catholique. «  J’ai trouvé plus de bonheur réel, plus de véritable politesse, un plus grand respect de la religion et une plus grande union entre eux que dans aucun des pays que j’ai parcourus. C’est à l’agriculture qu’ils doivent cette heureuse existence. Quiconque voudra voir la vie rurale et la félicité qu’elle procure dans sa perfection doit aller visiter la demeure d’un Canadien-Français  » écrit E.A. Talbot en 1825.

LA RENAISSANCE CATHOLIQUE

Mgr BourgetÀ partir de 1840, une véritable conversion s’est opérée en profondeur grâce au succès des retraites paroissiales organisées par le saint évêque de Montréal, Mgr Bourget, avec le concours de Mgr de Forbin-Janson. C’est l’origine d’une renaissance d’un catholicisme conquérant et total qui veut marquer toute la société, résister aux pressions du pouvoir protestant et donc intervenir aussi en politique  : c’est l’ultramontanisme. Son aspect combatif indisposera certains fidèles et membres du clergé plus enclins à rechercher le compromis avec les puissances laïques ou protestantes pourvu que les droits des catholiques soient reconnus, c’est le libéralisme catholique de fait sinon de doctrine.

On ne doit pas oublier non plus que l’ultramontanisme de Mgr Bourget est pour beaucoup dans la conquête de l’Ouest par les Canadiens français. N’est-ce pas lui qui disait  : «  Le meilleur moyen pour un peuple de conserver sa foi est de la propager au loin.  » Aussi, fidèle à la mission du Canada français qu’atteste son histoire sainte, le voit-on soucieux des missions de l’Ouest canadien et même de Chicago, de Boston et de l’Oregon sur la côte du Pacifique.

Il faut se rendre compte également que le catholicisme est la confession religieuse la plus nombreuse de toute l’ANB, car il compte 85% de la population du Bas-Canada, et 20% de celle des autres provinces. À la fin du siècle, on recensera au Canada près de deux millions de catholiques, 850 000 méthodistes, 755 000 presbytériens et 650 000 anglicans.

LE HAUT-CANADA

La première entreprise de colonisation du Haut-Canada, actuellement la province d’Ontario, est le fait de Loyalistes anglophones et protestants fuyant les colonies insurgées de la Nouvelle-Angleterre. Ils se sont établis tout d’abord non loin du Lac Ontario où ils ont fondé les villes de Kingston, Toronto et Hamilton, suivant des dispositions arrêtées par le gouvernement britannique. Par la suite, la colonisation est laissée à l’initiative privée  : une immigration soigneusement organisée et une importante fécondité assurent le rapide peuplement et l’exploitation de la colonie aux abondantes terres fertiles. Ainsi, la puissante Canada Company (dirigée par John Galt, père d’Alexander) fonde les villes de Guelf et de Goderich et met deux millions d’acres (800 000 hectares) en exploitation. Si la plupart des immigrants, souvent recrutés dans les ports britanniques par les agents des compagnies de colonisation, améliorent ici les conditions d’une existence qui reste cependant rude et pauvre, ceux qui disposent de quelques capitaux atteignent assez rapidement un niveau de vie confortable, car l’agriculture ontarienne est florissante. Or, malgré l’abondance des terres fertiles, les défricheurs butent dès 1860 sur les contreforts rocheux du “ bouclier canadien ”; l’expansion va se tourner vers l’Ouest, vers les Prairies où, rappelons-le, ne vit qu’une faible population, essentiellement métisse ou autochtone, francophone, bientôt catholique. N’oublions pas ceci  : la réussite de la colonisation ontarienne appelle l’expansion vers l’Ouest.

C’est elle aussi qui fonda la puissance économique de l’Ontario. La vente de la farine aux autres colonies britanniques d’Amérique du Nord et à une partie des États-Unis, engendre une activité fébrile autour des moulins et des silos de stockage, et fait la fortune d’une classe bourgeoise qui édifie peu à peu la puissance financière de Toronto en faisant preuve d’une rare capacité d’adaptation aux lois du marché. Même la concurrence du blé américain, après que la loi Peel a abrogé en 1846 les dispositions privilégiant les blés coloniaux dans l’Empire, ne l’ébranle que momentanément. L’économie du Haut-Canada a aussi l’avantage de ne pas être monolithique  ; la production forestière génère une activité et des profits importants. En 1845, 2 000 scieries sont en service.

Une intelligente et méthodique politique de grands travaux d’intérêt public explique aussi la réussite du développement économique du Haut-Canada. Entrepris en 1842, le réseau des canaux reliant les Grands Lacs au Saint-Laurent est terminé en 1848; en réduisant notablement le coût du transport, il draine une partie du commerce de l’ouest américain vers la vallée du Saint-Laurent. Remarquons toutefois que ce développement ne se fait pas sans endettement  : la dette du Haut-Canada atteindra 78 millions de dollars en 1867.

En 1851, Toronto est la principale ville du Haut-Canada avec 30 000 âmes, suivie par Hamilton (14 100), Kingston (11 700) qui fut la capitale du Canada-Uni en alternance avec Québec et Montréal jusqu’à ce qu’en 1858 la reine d’Angleterre arrête son choix sur Ottawa pour en finir avec les inconvénients des perpétuels déménagements du siège du gouvernement.

Vers 1840 les catholiques anglophones du Haut-Canada, malgré une forte immigration protestante, représentent près du quart des 450 000 habitants de la colonie. Le premier évêque de Kingston, Mgr MacDonell, est arrivé en 1803 à la tête des hommes démobilisés du régiment des Montagnards Écossais de Glengarry. Plus tard, l’arrivée massive d’immigrants irlandais entraînera le développement d’un puissant clergé irlandais dont les rapports seront difficiles avec les Écossais souvent plus proches des francophones. Les diocèses de Toronto (1841) et de Bytown (Ottawa-1847) issus de la subdivision du diocèse de Kingston doivent beaucoup à l’assistance de Mgr Bourget qui se soucie aussi des 10 000 catholiques allemands du Haut-Canada, laissés sans prêtres et sans écoles.

Du côté protestant, les Orangistes, originaires surtout d’Irlande du Nord, forment une sorte de société secrète de lutte contre le catholicisme  ; ils constituent un groupe de pression particulièrement actif auprès des hommes politiques pour empêcher toute concession aux catholiques ou annuler celles déjà octroyées comme, par exemple, les écoles séparées.

À la fin de notre tour d’horizon du Canada-Uni, on ne peut que répéter notre conclusion du survol des autres colonies de l’ANB au milieu du 19e siècle, cet immense pays, quoique dominé par une puissance politique et financière protestante, n’est cependant pas encore un pays à proprement parler protestant. D’où l’importance que prend dans notre histoire l’évolution des institutions politiques  : elle va s’avérer déterminante pour l’avenir religieux du pays  ; les catholiques ultramontains l’ont compris sur le moment sans pourtant y trouver de parade, les catholiques de notre siècle, même les plus traditionalistes, ne le comprendront absolument pas.

LA DÉMOCRATIE DIVISEUSE

Louis-Hippolyte Lafontaine

Louis-Hippolyte Lafontaine

Dès le début des années 1840, l’Angleterre voit le triomphe du libéralisme en politique comme en économie. Ses colonies d’Amérique du Nord emboîteront le pas, faisant résolument évoluer leurs institutions politiques vers la démocratie parlementaire revendiquée à l’époque sous le terme de gouvernement responsable. Nous affirmons que cette “ première Révolution Tranquille ” (1840-1850) a été un premier pas déterminant dans la laïcisation de notre société canadienne. Au contraire, les milieux canadiens-français nationalistes considèrent généralement que l’alliance des réformistes modérés du Bas-Canada avec les réformistes du Haut-Canada a été la chance de survie des Canadiens français face à la menace assimilatrice anglo-protestante. Ne permit-elle pas aussitôt à l’un des leurs, Louis-Hippolyte Lafontaine, de devenir premier ministre  ? C’est s’aveugler sur la motivation réelle de l’association des deux partis, la revendication de la totalité du pouvoir en faveur de la Chambre  ; une fois le gouvernement responsable obtenu, l’alliance s’est effritée et n’a pu défendre les intérêts catholiques. Certes le pays légal parviendra toujours à s’entendre, mais ce ne sera guère en fonction des intérêts du pays réel  ; nous aurons l’occasion de le démontrer en analysant la politique de George-Étienne Cartier et de John A. Macdonald, parfaite illustration de notre propos.

John A. Macdonald

John A. Macdonald

Dès l’origine, ce gouvernement responsable est marqué par l’instabilité. Au début, le gouvernement a eu la majorité au Bas-Canada et au Haut-Canada, les deux sections du Canada (système de la double majorité). Mais à partir de 1858, les radicaux ontariens, les Clear Grits de George Brown, majoritaires dans le Haut-Canada, malmènent le parti conservateur au pouvoir qui ne peut s’y maintenir que par une alliance négociée par son chef, John A. Macdonald, avec les Bleus, les catholiques dits conservateurs de George-Étienne Cartier. Les Grits crient à la domination française  ! Comment gouverner quand la majorité de l’Assemblée représente presqu’exclusivement l’une des deux sections du Canada-Uni et qu’elle est très minoritaire dans l’autre  ? La fragilité des institutions impose un peu de bon sens au pays légal. En 1858, on décide que les lois devront obtenir la sanction de la majorité des députés de chacune des sections de la colonie pour y être applicables  : si le Canada reste officiellement uni, ses députés se séparent… Dans ces conditions, la cohésion gouvernementale devient une gageure  ; entre 1854 et 1864, dix ministères se succèdent.

George Brown

George Brown

De plus, en 1840, il avait été décidé que la représentation parlementaire du Bas-Canada serait égale à celle du Haut-Canada pourtant moins peuplé  ; c’était une mesure évidemment destinée à faciliter l’assimilation législative des francophones. Mais lorsque dans la décennie suivante, la population du Haut-Canada rattrape puis dépasse celle du Bas-Canada, cette disposition parlementaire joue à l’avantage des Canadiens français, au grand dam de Brown et de ses radicaux qui réclament la représentation proportionnelle à la population  : “ Rep. by Pop. ” devient leur slogan.

Les Maritimes, quant à elles, ont obtenu les mêmes institutions parlementaires que le Canada-Uni et réclament le gouvernement responsable. Les réformistes néo-écossais, dont le chef est Joseph Howe, prétendent lutter contre la domination de la petite oligarchie de quatre ou cinq familles qui entoure les gouverneurs successifs et qui profite du pouvoir pour s’enrichir. En modulant ses exigences sur ce que les gouverneurs étaient autorisés par Londres à accorder aux colonies, Howe obtiendra beaucoup plus que ses collègues réformistes du Canada sans entraîner ses troupes dans une rébellion armée.

Dans chacune des colonies, l’évolution vers le gouvernement responsable a suscité des maux plus grands que ceux causés par les oligarchies profiteuses. Les partis se formant, les chicanes continuelles éclatent, parfois mortelles comme à Terre-Neuve  : au clivage entre réformistes et tories s’ajoutent celui entre catholiques et protestants, enfin celui entre libéraux et conservateurs. L’instabilité des gouvernements nuit à la continuité politique donc à la bonne administration.

Une heureuse exception  : le Bas-Canada, où les luttes partisanes n’ont pas à cette époque les mêmes funestes conséquences par suite de l’emprise grandissante de l’Église. En quelques années, il est devenu impossible de prétendre à une carrière politique sans l’aval de l’autorité ecclésiastique… ce qui élimine tout de même bon nombre de partis. Nous verrons que c’est cette cohésion politique du Canada français qui le sauvera lors de la négociation du pacte fédératif.

Dans les autres colonies britanniques cependant, ce sont les catholiques anglophones qui se révèlent les plus ardents partisans du gouvernement responsable. Parmi eux, les Irlandais qui ont souffert des persécutions religieuses des Anglais pensent donc qu’un gouvernement responsable, démocratiquement élu, leur accorderait une plus grande liberté de religion. Comme ils gardent aussi un certain préjugé anti-britannique qui s’est, par exemple, largement manifesté à la suite des défaites anglaises en Crimée, beaucoup d’entre eux, débarquant dans l’ANB et se sachant en Amérique, se croient libérés de toute tutelle britannique, et ne conçoivent pas un gouvernement subordonné à Londres. Par contre, les Écossais, surtout les catholiques, ont davantage un sentiment loyaliste. Ainsi, Mgr MacDonell tient beaucoup au lien impérial  ; tout comme ses confrères de Québec dont il est l’ami, il démontre autant qu’il le peut à Londres qu’il n’y a pas de plus loyaux sujets que les Catholiques qui pourraient éventuellement empêcher l’annexion des colonies britanniques aux États-Unis.

À Terre-Neuve, les évêques, d’ardents Irlandais, tel Mgr Fleming, ont aidé de toute leur influence les catholiques à revendiquer le gouvernement responsable dans l’espoir d’avoir des lois rétablissant la justice en leur faveur. Ils obtiennent la majorité des sièges en 1848, mais, très rapidement même les politiciens catholiques se laissent corrompre et s’enrichissent des fonds gouvernementaux destinés aux pauvres. Décidément, la démocratie pourrit tout ce qu’elle touche et fomente la guerre civile et la division  : Terre-Neuve en a fait la cruelle expérience  !

DANS L’ATTENTE D’UNE SOLUTION POLITIQUE

Tout cela donne finalement une situation politique confuse, au moment même où le besoin d’un gouvernement fort se fait de plus en plus sentir. La suppression des tarifs préférentiels par Londres a ébranlé le jeune développement économique des colonies de l’ANB, et a développé un courant notable en faveur d’un rapprochement avec les États-Unis. Ainsi, en 1849, des marchands de Montréal signent un manifeste en faveur d’une annexion pure et simple. Se joint à eux un petit nombre de Canadiens français, les Rouges, membres du parti libéral fondé sous l’égide de Papineau revenu au pays en 1845, héritiers donc des Patriotes, anticléricaux virulents par fidélité à l’idéal républicain et libertaire des rébellions de 1837-38.

Cependant, l’immense majorité de la population est contre l’annexion, notamment les Catholiques et les descendants des Loyalistes qui ne tiennent pas à la domination des voisins républicains du sud qu’ils ont fuis. L’Angleterre non plus ne veut pas d’une annexion  ; comme elle ne peut ni ne veut plus assumer seule la défense de ses colonies, elle favorisera leur union.

Malgré tout, un traité de réciprocité entre les colonies britanniques et les États-Unis est signé en 1854  : les droits de douane sont supprimés réciproquement sur les produits naturels comme le charbon, le bois et le blé. Signé pour dix ans, il donne un coup de fouet aux exportations de produits de base de l’ANB mais n’encourage guère ses industries et lie son commerce à celui des Yankees. Aussi, dès 1858, le ministre des finances du Canada-Uni, Alexander Galt, élève les tarifs douaniers sur les produits manufacturés, ce qui comble le déficit et, du même coup, protège les industries locales.

En 1861, la Guerre de Sécession éclate, une sourde hostilité gronde alors parmi les Confédérés contre les Anglais qui, tout en étant neutres, soutiennent plutôt les Sudistes et envoient 15 000 soldats britanniques défendre pendant un an l’ANB. Après leur victoire, les Nordistes demandent des compensations à la Grande-Bretagne. À défaut d’argent, ils accepteraient volontiers les colonies de l’ANB et, en attendant, refusent de reconduire le traité de réciprocité. Cette attitude hostile fait évoluer les esprits de bien des Canadiens  : d’anciens annexionnistes comme Alexander Galt conçoivent davantage des liens économiques intercoloniaux et parlent de plus en plus d’une solution politique  : une union fédérative.

LE CHEMIN DE FER

Un autre besoin, économique celui-ci, va faire évoluer les esprits en faveur d’une union politique des colonies britanniques d’Amérique du Nord. La construction d’un vaste réseau de communication devient absolument nécessaire au développement du commerce, donc de l’industrie. Les États-Unis ont 9 000 milles de voies ferrées en 1850, lorsque le Canada n’en compte que… 66.

Grand Tronc  et Intercolonial

Carte du Grand Tronc et de l’Intercolonial.
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Alexander Galt brise l’isolement de la région de Sherbrooke en entreprenant la construction d’une voie de chemin de fer Montréal-Sherbrooke qui est mise en service en 1853 puis est prolongée jusqu’à Portland (États-Unis) pour avoir un débouché sur la mer. Les hommes d’affaires de Montréal (comme Allan) emboîtent le pas et créent la compagnie du Grand-Tronc qui réalise une voie entièrement canadienne de Sarnia à Rivière-du-Loup. En dix ans, 2 065 milles de chemin de fer sont construits. Par contre, de 1860 à 1867, on ne construit plus que 213 milles, faute de ressources financières.

Dans les Maritimes, les ports de Saint-Jean et d’Halifax, toujours libres de glace alors que Montréal et Québec sont emprisonnés plusieurs mois chaque hiver, veulent attirer le trafic commercial de l’Ouest du Canada en entreprenant des voies ferrées débouchant chez eux. Mais les frais sont énormes et dépassent de beaucoup les capacités de paiement de ces petites colonies. De 1850 à 1867, près de 155 millions de dollars ont été investis, dont une centaine à la charge de la Grande-Bretagne. Celle-ci veut bien continuer ses subventions à la condition que les lignes puissent servir à la défense militaire des colonies. Or, le tracé retenu, le plus court et le plus économique, passe par les États-Unis et n’est qu’une prolongation du réseau américain en territoire canadien. Pour les Britanniques, il n’en est pas question et le projet reste en souffrance.

La Grande-Bretagne fait défaut dans son soutien des colonies, les États-Unis sont un voisin décidément de plus en plus puissant et exigeant  ; le dilemme dès lors est simple  : se donner les capacités d’un développement économique et d’une défense anti-américaine, ou se rattacher aux États-Unis. Si le but à atteindre s’énonce si clairement, la disparité entre les colonies britanniques, l’opposition fondamentale entre catholiques et protestants, et les intérêts des partis politiques de chaque colonie rendent la solution bien incertaine. C’est ce que nous verrons la prochaine fois.