La Contre-Réforme catholique au XXe siècle
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Bulletin de la Communion Phalangiste au Canada

LA RENAISSANCE CATHOLIQUE

N° 242 – Février 2018

Rédaction : Maison Sainte-Thérèse


LA RELIGION DU MASDU

Le pape François en Birmanie, dans un temple bouddhiste.

LE 10 avril 1973, l’abbé Georges de Nantes se présentait à la Porte de Bronze du Palais du Vatican pour déposer un «  Livre d’Accusation à notre Saint Père le Pape Paul VI, par la grâce de Dieu et la loi de l’Église, juge souverain de tous les fidèles du Christ, plainte pour hérésie, schisme et scandale au sujet de notre frère dans la foi, le pape Paul VI  ». Cette démarche légitime, respectueuse du droit canonique et qui aurait dû ouvrir aussitôt un procès doctrinal, est l’aboutissement d’une analyse précise des écrits et des actes du pape Paul VI, notamment depuis la parution de son encyclique Ecclesiam suam, du 6 août 1964 où, après plus d’un an de pontificat, il exposait enfin ses intentions  :

«  C’était, avec des restrictions apaisantes, l’adoption de cette Religion Nouvelle que tous vos prédécesseurs avaient rejetée de toutes leurs forces comme une séduction du démon. J’en fus effrayé  », écrira l’abbé de Nantes.

Les Actes du concile Vatican II, dont le pape François reconnut honnêtement qu’ils n’étaient pas infaillibles, comme les discours du pape Paul VI, tout particulièrement celui prononcé à la clôture du Concile, étaient imprégnés de cette Nouvelle Religion.

«  Cette hérésie qui vous est personnelle, écrira l’abbé de Nantes dans son Livre d’Accusation, je l’ai exposée et expliquée dès le 22 février 1965 et durant les mois suivants, et ensuite à bien des reprises. C’est une nouvelle théorie de la religion comme “ Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle ”, en abrégé  : MASDU.  »

Depuis, l’hérésie montinienne n’a cessé de se répandre dans l’Église semant ses germes de mort, renforcée par la gnose wojtylienne et le modernisme de Ratzinger. Aujourd’hui, le pape François la professe en disciple, stérilisant ses efforts de réforme de l’Église et l’empêchant d’écouter les demandes de Notre-Dame de Fatima. Cette étude est donc d’une actualité brûlante et de première nécessité. Reprenons les Lettres à mes amis de février à juillet 1965 et d’octobre à décembre 1966 dans lesquelles notre Père s’appliqua à analyser cette hérésie formidable et à décrire «  les étapes de cet assaut et cette épouvantable victoire du MASDU avant d’en venir à espérer, à prévoir, à préparer le relèvement de l’Église et en indiquer les conditions divines et humaines.  »

UN PRÉCURSEUR  : FÉLICITÉ DE LAMENNAIS

Cette sinistre et ultime offensive du démon contre la foi catholique commence au lendemain de la Révolution française et du premier Empire, dans l’esprit exalté d’un prêtre étrange  : Félicité de Lamennais. Ordonné à trente-quatre ans, à contrecœur, il est ­l’auteur d’un livre à grand succès intitulé  : “ Essai sur l’indifférence en matière religieuse ” (1816). Pour convaincre sa génération qui a grandi sous la Révolution de revenir à l’Église, il exalte avec un enthousiasme entraînant la naissance d’un monde nouveau dont l’Évangile sera le ferment et dont la caractéristique sera la Liberté.

Félicité de Lamennais

Félicité de Lamennais

À cette époque, Lamennais pense que ce sont les Rois qui se feront les champions de cette nouvelle société. Il va vite déchanter lorsqu’il les verra au contraire travailler à restaurer la société ancienne. Il mit alors tous ses espoirs dans le Pape  : c’était à l’Église de prendre la tête de ce mouvement de libération des peuples de toute tyrannie. Voilà pourquoi, après la Révolution de 1830, il n’hésite pas à écrire dans son journal L’Avenir  : «  L’instinct des peuples, dirigé peut-être par un obscur pressentiment de l’avenir que la Providence leur destine, demande une totale séparation de l’Église et de l’État  »  !

Loin de se faire le protagoniste de la Révolution que Lamennais appelle de tous ses vœux et de sa plume enflammée, Grégoire XVI le condamne par l’encyclique Mirari vos en 1832, et de nouveau en 1834 par l’encyclique Singulari nos, après la publication d’un livre incendiaire Paroles d’un croyant qui prêchait la Révolution au nom de l’Évangile.

Félicité de Lamennais, refusant de se soumettre, apostasie et va jusqu’à remplacer dans sa chambre la statue de la Sainte Vierge par le buste de la République  ! Il meurt à soixante et onze ans, en 1854, sans que son frère, le bienheureux Jean-Marie de Lamennais, ait pu l’approcher pour le réconcilier et lui donner les sacrements  : la franc-maçonnerie montait la garde au chevet de celui dont l’esprit détraqué avait si bien servi ses intérêts.

LE LIBÉRALISME CATHOLIQUE

Ses amis du temps de L’Avenir l’avaient opportunément abandonné au moment de sa condamnation par Rome, mais sans pour autant abjurer intérieurement leur culte de la Liberté. Parmi eux, citons ­Montalembert et Lacordaire, à l’origine du libéralisme. Gardant la pratique religieuse et se disant toujours catholiques, ils ne travaillaient plus en fait à l’établissement du Règne du Christ, mais à celui de la Liberté. Par exemple, lorsque le comte de Falloux, ami de Montalembert, obtient la liberté de l’enseignement en France, cela garantit certes l’existence des écoles catholiques, mais c’est au nom de la Liberté, et non plus en vertu du droit imprescriptible de l’Église d’enseigner  ; tous peuvent donc jouir du même droit, y compris les fausses religions.

Le bienheureux Pie IX condamnera ce libéralisme catholique en 1864 dans l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus. Les libéraux feront une soumission extérieure à la décision pontificale, mais n’en continueront pas moins leurs manœuvres, sous le prétexte avancé par l’un d’eux, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans  : en théorie la doctrine développée par Pie IX est évidemment juste mais, en pratique, les condamnations ne sont pas applicables.

En 1878, Léon XIII succède à Pie IX. Tout en maintenant les condamnations doctrinales de celui-ci, il adopte une politique d’entente avec les gouvernements en place, même ennemis de l’Église, persuadé que cette ouverture aboutira à la reconnaissance des droits de l’Église. On sait qu’il n’en sera rien. Au contraire, l’anticléricalisme, la laïcité et le modernisme se répandent partout, tandis qu’une génération de jeunes prêtres, ceux qu’on appellera les abbés démocrates, renoue avec le progressisme de Lamennais.

MODERNISME ET DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE

Saint Pie X condamne le modernisme en 1907, et la démocratie chrétienne du Sillon en 1910. Sa Lettre sur le Sillon est d’une importance capitale, car elle intervient au moment où s’esquisse dans l’Église une conjonction entre le ralliement à la démocratie et la réclamation d’une transformation de l’Église. Par exemple, en 1900, le Congrès ecclésiastique de Bourges, qui réunit six cent cinquante prêtres, adopte les résolutions suivantes  :

«  Pour le clergé, on demande  : l’habit civil, un bréviaire écourté, la suppression du célibat, le travail, le retour à la pauvreté et la simplicité antiques, l’ouverture des cloîtres.

«  Pour les séminaires  : l’introduction de la culture scientifique et de la philosophie moderne, des stages au milieu du peuple, des préoccupations sociales, une ambiance plus laïque.

«  Dans les écoles catholiques  : le renouvellement total de l’éducation des jeunes filles, une plus grande part d’initiative et de liberté, l’éducation sexuelle  ; un catéchisme allégé, moins dogmatique, plus humaniste.  »

«  Pour la réforme du culte  : l’abandon des dévotions et du ritualisme, du latin et du grégorien, et la cessation de toute obligation dans la pratique religieuse.

«  Pour le gouvernement ecclésiastique  : qu’il devienne pastoral et non plus autoritaire ni dogmatique, qu’il ne condamne plus et que soient supprimés le Saint-Office et l’Index  ; qu’une décentralisation et une vraie démocratie revalorisent le rôle des évêques, des prêtres et des laïcs.

«  Pour les relations extérieures  : avec les autres chrétiens qu’on multiplie les colloques et la collaboration à des œuvres communes.

«  Avec les partis politiques, qu’on pratique le total respect et l’égalité de toutes les convictions, dans une neutralité sincère et complète.

«  En morale  : que l’amour remplace la terreur et la crainte des châtiments de Dieu, et que les lois anciennes soient modifiées selon les exigences de la conscience contemporaine.  » Ce sont les réformes de Vatican II, soixante ans à l’avance.

Malheureusement, les lumières de saint Pie X seront vite mises sous le boisseau par ses successeurs. Benoît XV permet au libéralisme de relever la tête, mais c’est surtout Pie XI qui va créer les conditions d’éclosion du MASDU par la condamnation de ­l’Action française de Charles Maurras et la promotion de l’Action catholique spécialisée.

Le philosophe français néo-thomiste Jacques Maritain, d’Action française jusqu’à la condamnation de 1926, fournit un semblant de justification doctrinale de la politique de Pie XI, par son livre “ Primauté du spirituel ” (1927) et surtout “ Humanisme intégral. Problèmes temporels et spirituels d’une nouvelle chrétienté ” (1936). Un jeune prélat italien ambitieux, Jean-Baptiste Montini, le traduit en italien et en répand la teneur dans l’Action catholique italienne des étudiants dont il est l’aumônier. Il en fait alors la base de son programme de rénovation de l’Église, le MASDU, pour la réalisation duquel il s’appliquera à gravir les échelons de la hiérarchie avant d’atteindre le Souverain Pontificat en 1963.

Il faut aussi remarquer que sa “ réussite ” fut notablement facilitée par le refus des Papes d’obéir aux demandes de Notre-Dame de Fatima. En effet, il en est résulté ce que la Sainte Vierge avait annoncé explicitement  : la Seconde Guerre mondiale et des persécutions contre l’Église. Face à ces deux drames, que le Pape avait pourtant le moyen d’éviter, la diplomatie vaticane s’est rangée contre le nazisme d’abord puis contre le communisme dans «  le camp des démocraties  ». Difficile alors pour le Saint-Siège non seulement de condamner la démocratie, mais encore de ne pas encourager son expansion mondiale et l’idéologie des droits de l’Homme. Il en aurait été tout autrement si Pie XI puis Pie XII avaient consacré la Russie au Cœur Immaculé de Marie  !

DE L’INFLUENCE DE MARITAIN

Maritain et le pape Paul VI

Maritain et le pape Paul VI#

Le MASDU va donc nous apparaître comme l’aboutissement du progressisme de Lamennais, renforcé par le modernisme, fondé sur la fausse métaphysique de Jacques Maritain. Dans la Lettre à mes Amis n° 200 du 25 mars 1965, notre Père, l’abbé de Nantes, expose «  l’humanisme intégral  » de Jacques Maritain, inventé, ne l’oublions pas, pour justifier la condamnation du «  nationalisme intégral  » de Charles Maurras.

Maritain commence par une réflexion sur l’histoire des civilisations. Il affirme que les hommes ont pris une conscience toujours plus profonde de leur liberté, de leur dignité et de leur capacité créatrice naturelle. Tout particulièrement, notre époque se caractérise par le passage d’un monde de type sacral dominé par la religion et son clergé, où tout dépend de la puissance divine, à un monde profane où la vie temporelle se dégage peu à peu de la religion. C’est ainsi que s’instaure progressivement le règne de «  l’humanisme  » où l’homme gère le monde certes sans rapport direct avec la religion, mais en établissant un monde ­meilleur, plus parfait, plus paisible, plus prospère. Tel est le sens de l’histoire.

De la constatation de ce progrès irréversible, il résulte que l’Église doit renoncer à condamner ce monde nouveau qui s’émancipe d’elle. Au contraire, elle doit élaborer une nouvelle forme de présence au monde, pour l’accompagner dans cette œuvre qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle étape de la ­création divine. Dieu ne peut pas être contre Dieu  ; l’Église ne peut pas s’opposer à la réalisation du plan divin d’une création progressant vers un monde meilleur.

Cela ne veut pas dire que Maritain renie l’Église  ! Au contraire, il souhaite que son enseignement doctrinal serve à donner aux fidèles le sentiment d’être un levain civilisateur, puisque, plus que les autres hommes, ils savent ce qu’est la paix, l’amour, le progrès. Ce sont les valeurs évangéliques. «  Par influence vitale et spirituelle, ils doivent animer de l’intérieur et imprégner d’esprit chrétien les activités d’ordre temporel et politique.  » Pour Maritain, il ne fait aucun doute que «  la démocratie est d’essence évangélique et son moteur est l’amour  ».

Il nous est facile de constater, plus de cinquante ans après l’analyse critique de l’abbé de Nantes, que la pensée de Maritain sur ce point est devenue celle de toute la hiérarchie de l’Église. Il suffit de lire la dernière entrevue accordée au Figaro par le cardinal Vingt-Trois à la veille de son départ et se félicitant d’avoir témoigné à Paris du «  corpus évangélique  ».

UNE TOUR DE BABEL CIMENTÉE PAR LA DIGNITÉ DE LA PERSONNE HUMAINE

Toutes les religions sont donc appelées à participer au progrès de la civilisation universelle. Qu’elles soient différentes les unes des autres, même opposées les unes aux autres – tout au moins pour l’instant – n’offre pas de difficulté. Si elles veulent s’insérer dans cette évolution, de toute manière irréversible et irrésistible, elles doivent admettre que le propre d’une vraie religion est de concourir nécessairement au bien de ses fidèles, donc à la paix, en prêchant l’amour et le respect de l’autre. Vous reconnaissez là un des thèmes majeurs des discours du pape François lors de ses voyages et des rencontres œcuméniques  ; il n’est que le fidèle disciple de Maritain et de Paul VI.

Est-ce à dire qu’une nouvelle religion universelle est en train d’apparaître, dans laquelle les religions actuelles finiraient par se dissoudre  ? Absolument pas. Maritain, Paul VI, pas plus que le pape François ne veulent ce syncrétisme. Pour eux, en effet, on ne réalisera pas l’œuvre d’une «  communauté humaine réconciliée  » – car telle est bien leur utopie – avec de mauvais catholiques, de mauvais bouddhistes et de mauvais musulmans. Mais avec des croyants ardemment soumis à l’Esprit qui parle et agit en chaque religion avec ses caractéristiques propres qui doivent être sauvegardées.

À commencer par nous les catholiques qui sur ce point aussi devons être un exemple. Le grand souci des vrais masduistes, montre très bien notre Père analysant l’œuvre de Maritain, est de combattre l’apathie, la routine, la passivité des chrétiens pour qu’ils aillent à la rencontre des autres, aux… périphéries. Ce sont les chrétiens ardents et engagés, respectant, admirant et aimant les autres hommes qui sont les plus capables de faire comprendre que nous sommes tous frères en humanité. Car toute la pensée de Maritain exalte la dignité de l’homme, fondée elle-même sur une définition métaphysique de la personne humaine comme substance autonome, créée ainsi par un Dieu respectueux de cette autonomie et de la liberté qui en résulte.

Les autres religions devront faire la même évolution, même celles qui sont absolues et intolérantes en doctrine  : l’évolution irréversible de la conscience de l’humanité qui aspire à la paix, les poussera à se réformer et à accepter leur coexistence pacifique, comme l’Église catholique saura leur en montrer l’exemple. Cela suppose évidemment la disparition des inquisitions, des Croisades et même de tout prosélytisme. Une distinction s’opérera donc entre la sphère de la religion proprement dite, où tout est intangible, et la sphère de la vie sociale fraternelle, où tout doit converger et s’unir.

Aussi longtemps que toutes les religions n’auront pas fait ce progrès, la coexistence ne sera pas facile  ; mais il faudra savoir résister à la tentation de renoncer au dialogue puisque ce progrès est irrésistible.

Vous trouvez là l’explication de l’attitude actuelle de la hiérarchie de l’Église face à l’islam. Elle s’applique à séparer l’islam, religion réputée respectable comme toute religion, du fanatisme toujours condamnable, qu’il soit musulman ou catholique. D’ailleurs la seule intransigeance légitime aux yeux des masduistes est celle qu’il faut entretenir à l’égard des croyants fanatiques parce que leur attitude est absolument incompatible avec leur Évangile révisé et corrigé.

LE SOUTIEN DU MODERNISME ET DU RÉFORMISME CONGARIEN

Pour que le MASDU ait pu se développer dans l’Église, il a fallu en effet une falsification des Évangiles, car l’utopie n’aurait pas résisté longtemps à la confrontation avec la Vérité révélée. C’est parce que le modernisme s’était déjà suffisamment répandu dans le clergé pour lui faire oublier le caractère objectif et historique de la Révélation, donc de la volonté divine, que l’utopie a pu se parer d’un évangile falsifié.

Le Père Congar

Le Père Congar

Ce fut l’œuvre du renouveau théologique sous Pie XII, protégée par Mgr Montini, et dont le Père Congar a été l’un des principaux artisans, avec le Père de Lubac, Karl Rahner, Joseph Ratzinger. Dans la Lettre à mes amis n° 202, de Pâques 1965, donc juste avant la dernière session du Concile, notre Père analyse une conférence de Congar qui se réjouissait de cette mutation théologique  : l’Église devait «  reconnaître l’existence et la valeur sacrée d’un monde pleinement historique, d’un univers affranchi de sa tutelle [de l’Église], un monde qui soit vraiment tel. Ce monde ne doit pas être appelé naturel [par opposition à surnaturel], mais temporel.  »

C’est oublier que Jésus a dit ne pas prier pour le monde (Jn 17, 9), et comment pourrait-il connaître un progrès sans l’aide nécessaire de la grâce  ?  ! Si les masduistes ignorent l’objection, c’est qu’ils ont, avec les modernistes, identifié ce monde en progrès avec “ le Royaume ”. Plus exactement, explique Congar, il est une facette du royaume de Dieu, c’est-à-dire du résultat de l’œuvre salvatrice du Christ sur la Croix. Le Christ est mort sur la Croix pour sauver le monde, ce salut agit dans l’Église, mais aussi dans le monde pour donner la santé, la vérité, l’authenticité des choses qui le constituent, «  parmi lesquelles l’homme est la première en dignité  ».

Congar déclare donc erronée la théorie séculaire de «  la séparation entre un soi-disant sacré et un soi-disant profane. Tout ce qui met dans les choses leur sens en relation à Dieu est sacré  : c’est même cela, le vrai sacré. Mais les choses gardent leur consistance naturelle, dont leur ordre à Dieu réalise le vœu profond. Si l’on veut appeler cela “ profane ”, alors reconnaissons que les chrétiens sont appelés à vivre largement dans le profane, pour en faire, non du sacré, mais du profane sanctifié et sauvé.  »

C’est le sens de la participation des laïcs à la mission de l’Église sur laquelle le concile Vatican II insistera tant.

Autrement dit, les chrétiens doivent agir dans le monde pour rendre celui-ci plus digne du Christ, et dans ce but ils peuvent collaborer avec toutes les autres religions, du moment que tous travaillent dans le sens d’une plus grande justice, d’une plus grande égalité, d’une plus grande dignité de l’homme. C’est cela le plan de Dieu dans sa création, il ne peut donc que bénir une telle collaboration.

DEUX RELIGIONS EN UNE SEULE ÉGLISE

La mission de l’Église n’est donc plus de convertir les hommes à elle, pour qu’ils soient sauvés. La mission de «  l’Église-sacrement universel du salut  » est d’être comme le levain dans la pâte, qui la fait lever. La pâte, c’est le monde qui, sous l’action notamment des chrétiens, devient plus juste  : c’est le royaume de Dieu sur la terre. La mission de l’Église est de révéler au monde, même s’il ne l’accepte pas consciemment, voire même s’il ne le sait pas, qu’il est dans l’amour et dans l’action salutaire de Jésus-Christ. C’est de cette manière que rien n’échappe à la Seigneurie du Christ.

Ce sera la teneur essentielle du discours de clôture du Concile par le pape Paul VI, le 7 décembre 1965  :

«  L’humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un sens, défié le Concile. La religion de Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé  ? Un choc, une lutte, un anathème  ? Cela pouvait arriver  ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains – et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre (sic) se fait plus grand – a absorbé l’attention de ce Synode. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme  : nous aussi, nous plus que quiconque nous avons le culte de l’homme.  »

Ce culte de l’homme a beau se parer de citations de l’Évangile et des apparences de la charité, il n’en est pas moins une apostasie, un adultère. Car c’est oublier que le monde est sous la coupe de Satan et que, s’il est vrai que le Christ est mort sur la Croix pour le salut de tous les hommes et que toute la création attend sa libération, comme le dit l’Apôtre, il va de soi que cela ne peut pas être dans une révolte contre son Dieu-Sauveur, mais en se plaçant sous son autorité et celle de l’unique Église instituée par Lui, une, sainte, catholique et apostolique.

Congar, lui, reconnaît deux fins à l’Église  : la vie éternelle par le don de la grâce, donc moyennant la foi et ses œuvres, mais aussi l’avenir terrestre, par le développement de la justice, des droits et de la dignité de l’homme, etc. C’est contradictoire, car la réalisation de ce «  royaume de Dieu ici-bas  » n’est en fait qu’un assujettissement au monde, qui fait de tout homme qui croit en l’Homme, en la Nature, en l’Histoire et travaille au règne de la Liberté et de la Dignité un chrétien qui s’ignore, sans qu’il ait besoin aucunement de conversion et d’amour de Dieu et de la Sainte Vierge  !

Alors, prévoit l’abbé de Nantes en 1965, tandis que l’Église traditionnelle est centrée sur le Christ présent au tabernacle, l’Église MASDU sera centrée sur le Christ présent dans le pauvre, l’opprimé, comme dans les masses qui revendiquent plus de justice. Tandis que l’Église traditionnelle exalte la Croix du Christ, celle-ci ne sera plus aux yeux de l’Église MASDU que le symbole des souffrances de l’Homme appelé à se libérer. L’Église MASDU pompera à l’Église tous ses trésors et les détournera du Christ réel au profit du monde qui va pouvoir continuer à se développer sans la conversion ­nécessaire.

Qui pourra dénier à l’abbé de Nantes d’avoir été clairvoyant  ? Ce qu’il annonçait est tellement passé dans la vie de l’Église que rares sont ceux qui se sont émus de l’homélie prononcée par le vicaire-­général du diocèse de Paris aux funérailles de Johnny Hallyday, en décembre dernier. Il s’est en effet attaché à montrer la convergence entre l’amour que chantait le défunt rockeur et le message évangélique  ! Aucun appel à la prière pour le repos de son âme, ni à la conversion pour ses nombreux auditeurs. À un journaliste qui lui fit remarquer que la foi du chanteur «  n’était pas très catholique  », le prêtre répondit que ce n’était pas à nous de juger de la foi de quelqu’un  !

On se rend compte alors à quel point le MASDU est bien l’hérésie des derniers temps, annoncée par Notre-Seigneur, qui serait capable d’abuser, s’il était possible, les élus eux-mêmes (Mc 13, 22). Comment ne pas penser aussi à l’Apocalypse  :

«  Je vis surgir de la terre une autre Bête, portant deux cornes comme un agneau, mais parlant comme un dragon. Au service de la première Bête, elle en établit partout l’empire, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête.  » (Ap 13, 11-12)

LE PAPE FRANÇOIS ÉCOLÂTRE DU MASDU

Le pape François est malheureusement un exemple du catholique séduit par cette hérésie prêchée depuis Paul VI du haut de la chaire de Pierre. Ses homélies quotidiennes à Sainte-Marthe témoignent de sa foi catholique  ; mais en même temps, sa conception de l’Église, de ses rapports avec le monde, de l’œcuménisme, de la civilisation à bâtir, est imprégnée du MASDU. La stérilité de ses efforts en est le résultat. En prétendant envoyer l’Église aux périphéries, mais sans prosélytisme et sans exigence de conversion, il travaille pour le monde, ce monde pour lequel le Christ n’a pas prié (Jn 17, 9). Dès lors, il ne faut pas s’étonner que depuis 2013 les “ signes vitaux ” de l’Église restent faibles et inquiétants.

Quand le centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima devait lui remettre sous les yeux et dans le cœur les exigences de l’Alliance éternelle, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, la nécessité de la conversion des pécheurs, l’existence de l’enfer, mais aussi la puissance de son pouvoir pontifical dont dépend la paix du monde par l’obéissance aux demandes du Ciel, il s’en détourna par fidélité au MASDU. Comment un masduiste pourrait-il penser que la paix du monde dépende d’un acte de religion totalement et exclusivement catholique  ? Non, la paix ne peut être que le fruit d’un long progrès fondé sur le respect de chacun, sur les droits de l’homme, le développement («  le nouveau nom de la Paix  », disait Paul VI) et le dialogue. Ce que nos prières et notre amour de la Sainte Vierge ne peuvent que nous aider à réaliser…

Alors, on ne s’étonne pas de voir François se déchausser avant d’entrer dans un temple bouddhiste en Birmanie, où il allait entendre, au pied d’une immense statue de l’idole, le président des moines bouddhistes, Bhaddanta Kumarabhivamsa, fortement dénoncer le fait que «  le terrorisme et l’extrémisme soient mis en œuvre au nom de croyances religieuses (…). Nous ne pouvons accepter que le terrorisme et l’extrémisme puissent naître dans une certaine foi religieuse et (…) nous tous devons dénoncer toutes les formes d’expressions qui incitent à la haine, les fausses propagandes, les conflits et les guerres pour des raisons religieuses.  »

Ravi d’un tel discours bouddhisto-masduiste, le Pape répondit en établissant «  un parallèle entre les paroles de Bouddha – “ vaincs le méchant avec la bonté ” –, et celles de saint François d’Assise – “ là où est la haine, que je porte l’amour ”.  » Devant les représentants de plus de cinq cent mille moines birmans, le pape François a alors martelé  : «  Nous ne pouvons pas rester isolés les uns des autres (…). Il est nécessaire de dépasser toutes les formes d’incompréhensions, d’intolérance, de préjugé, de haine.  » Nous sommes loin de la prédication d’un saint François Xavier appelant à la conversion et fustigeant les prêtres des faux dieux  !

Au Chili, devant les autorités du pays, François a ouvertement plaidé pour «  la capacité de nous défaire des dogmatismes  », contre «  toute tentative de division ou de suprématie.  » Prenant la défense des peuples autochtones, il a affirmé qu’il fallait «  laisser de côté la logique de croire qu’existent des cultures supérieures ou inférieures.  » Tout cela ne peut pas nous surprendre lorsque, grâce à l’analyse de l’abbé de Nantes, on a compris ce qu’est le MASDU.

Un autre l’a très bien compris aussi, mais pour s’en féliciter, c’est le Père Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite La Civiltà Cattolica. Pour preuve, son intervention le 15 décembre dernier, lors du colloque organisé à Paris par le Centre de recherches internationales de Sciences-Po Paris, sur le thème “ Le pape François, une nouvelle diplomatie au Saint-Siège  ? ” Il a développé les principes qui mènent l’action politique du Saint-Père.

Le pape François et l’iman Ahmad-al-Tayyib

Le pape François et l’iman Ahmad-al-Tayyib

«  Le Pape rejette le mélange de politique, de morale et de religion, qui conduit à présenter une réalité divisée entre le Bien absolu et le Mal absolu, entre un axe du bien et un axe du mal. L’histoire n’est pas un film de Hollywood. Il sait que chaque camp agit à partir de points de vue souvent moralement ambigus. François veut rencontrer les principaux acteurs pour les amener à réfléchir ensemble, à rechercher le bien (…). L’alliance douteuse entre la politique et le fondamentalisme religieux fonctionne lorsqu’on entretient la peur du chaos. Il y a aujourd’hui une stratégie politique qui cherche le succès politique en amplifiant la rhétorique du conflit, en exagérant le désordre (…). François apporte systématiquement la contradiction à cette stratégie de la peur. Il appelle les leaders religieux à être des hérauts de la paix. Et il refuse tout crédit à ceux qui cherchent une guerre sainte (…). Il résiste vigoureusement à l’attrait d’un catholicisme qui serait vu comme le dernier empire, héritier d’un passé glorieux, rempart contre le déclin et la crise de leadership de l’Occident. Il débarrasse le pouvoir spirituel de son bagage temporel, de son armure rouillée, et rend à Dieu son vrai pouvoir, qui est d’assembler. Il y a donc une différence entre deux visions théopolitiques  : l’une impériale “ constantinienne ”, qui cherche à établir le royaume divin ici et maintenant  ; l’autre, eschatologique “ franciscaine ”, qui vise à guider l’histoire vers le Royaume de Dieu, un royaume de justice et de paix. La première produit une idéologie de conquête  ; la seconde un processus d’intégration.  »

On ne peut mieux dire. La première est celle de deux mille ans de Chrétienté, d’élans missionnaires, de conversions pour pourvoir le Ciel d’une multitude d’âmes sauvées par la miséricorde de Dieu et la charité de l’Église. La seconde produit la ­désintégration de l’Église au sein d’une société ­laïcisée, antichrist.

Aussi longtemps que le Saint-Père n’aura pas renoncé au MASDU pour se tourner vers la Vierge Marie, Reine de la paix, Médiatrice de toutes grâces, c’est la guerre qui nous attend et de terribles châtiments. Mais la puissance du Cœur Immaculé de Marie triomphera, elle contraindra la chaire de Saint-Pierre à s’incliner devant le trône de la Sagesse et à obéir à ses petites demandes.

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